Préraphaélite 2

 » Les statistiques du suicide sont éloquentes :

  • Environ 13.000 personnes se suicident chaque année en France.
  • Le suicide est la première cause de mortalité chez les 35-44 ans, avec un « pic » à 46 ans, « l’âge de la maturité et des ruptures », selon l’Union nationale pour la prévention du suicide (Unps).
  •  Les 50 dernières années ont vu augmenter de manière considérable le taux de suicide des jeunes adultes entre 20 et 40 ans.

Par rapport à leurs aînés, les jeunes doivent dorénavant faire face à une insécurité sociale et professionnelle et ce, dans un contexte marqué par le culte de la performance et l’obsession de la réussite.

  •  Selon le Conseil économique et social, 330 à 400 salariés se suicideraient ainsi en France chaque année sur leur lieu de travail.
  •  Chaque année, l’idée du suicide traverse l’esprit de 3,5 millions de personnes, sans passage à l’acte.
  •  3 suicides sur 4 concernent des hommes.
  •  Mais les femmes font 4 à 5 fois plus de tentatives de suicide que les hommes.
  •  Certaines catégories de population sont plus exposées au suicide que d’autres : veufs, divorcés et célibataires se suicident plus que les personnes mariées.
  •  De même, il y a 7 fois plus de suicides parmi les détenus que dans la population générale.
  •  Certaines professions sont plus touchées que d’autres : militaires, policiers, médecins, agriculteurs, employés.
  •   1/3 des homosexuels seraient victimes d’actes homophobes. Ils seraient 5 fois plus nombreux que les hétérosexuels à faire une tentative de suicide.
  • Les jeunes qui font une tentative de suicide sont également ceux qui multiplient les conduites à risque (jeux dangereux, comme le jeu du foulard, l’abus d’alcool ou de drogues illicites, prise de risque motorisé, fugue, boulimie, anorexie).
  •  Plus celles-ci démarrent tôt (avant 15 ans), plus le risque de tentative de suicide est grand.
  • On se suicide davantage en temps de paix qu’en temps de guerre, le lundi que le week-end, au printemps qu’en hiver, lors des crises économiques et dans les pays riches.
  • Baisse de la fécondité, augmentation des divorces, diminution de la pratique religieuse favorisent également le suicide.
  • Plusieurs études suggèrent un lien entre la prise de médicaments psychotropes et la tentative de suicide, voire le suicide, en particulier chez les jeunes.  »

Source : http://www.ouvertures.net/portail/l_id.asp?doc_id=147

 Ô

Au-delà de ces chiffres & classements, quelle logique psychologique provoque le passage à l’acte suicidaire ?

On peut dire que c’est la conséquence d’une érosion progressive, d’un travail de sape en profondeur qui a commencé souvent dès les premières années de vie d’une personne.

Que le suicide semble être accompli sur un « coup de tête », être un acte impulsif, ou au contraire longuement mûri et méthodiquement préparé, il s’enracine toujours dans des traumatismes anciens,

que ceux-ci soient liés à des abus physiques, psychiques ou/et sexuels, qui ont créé une structure de personnalité fragile e& instable ou, en tout cas, généré d’énormes déséquilibres émotionnels & relationnels.

A ce titre, l’évènement ou la situation momentanée qui déclenche l’acte suicidaire n’est que le catalyseur d’un malaise invasif de longue date, tel le feu mis à la mèche d’un baril de poudre qui était déjà rempli à ras bord depuis longtemps.

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Le suicide est l’étape finale d’une perte de confiance progressive en la vie, en soi & en autrui, d’un sentiment profond d’aliénation & d’absence de sens, et d’une douleur psychique incommensurable.

Là où quantité de gens perçoivent un manque de courage, il y a surtout la présence aveuglante d’un désespoir qui stérilise les rapports humains, paralyse la capacité à la réflexion et à l’action & rend inapte à la satisfaction de ses propres besoins.

Le suicide est le fruit maudit des silences honteux & des secrets de famille bien gardés, et c’est d’ailleurs cela qu’il génère souvent en retour : le silence & le secret.

Il n’y a pas de suicide sans déni de soi (je ne m’accepte et ne m’assume pas tel que je suis),

mais pas non plus de suicide sans déni d’autrui ( je rejette l’amour que je porte à mes proches et qu’ils me portent)

& pas davantage de suicide sans déni par autrui (mon entourage ignore passivement ou rejette activement ma vraie personnalité).

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C’est cette triple puissance de destruction qui engendre l’incommensurable destructivité du suicide.

Dans le suicide, on se tue, mais on tue aussi symboliquement l’autre (c’est une révolte nihiliste et rétrospective contre nos anciens, et éventuellement actuels, bourreaux).

En quelque sorte, c’est le complexe de Stockholm poussé à son apogée : on s’identifie tellement à son persécuteur qu’on se persécute soi-même jusqu’à la mort …

Mais c’est aussi l’aboutissement ultime de la dynamique de double contrainte / « double bind » caractérisant les relations perverses :

pour m’émanciper de l’emprise psychique de mon bourreau passé ou actuel sur moi, des traumatismes et des émotions toxiques qui me hantent, je mets fin à mes jours, ce qui me donne le sentiment illusoire de me libérer simultanément de la charge du passé et du présent,

mais ce faisant, je détruis mon accès à l’avenir et provoque ainsi le triomphe complet du persécuteur qui m’a en quelque sorte volé à moi-même, et finit, par procuration, par me voler ma propre vie.

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Quelle prévention, quelle solution avant le geste ‘irréversible ?

Prendre la parole, briser le sceau du silence et de l’isolement psychique, pour ce qui concerne le suicidaire, et donner la parole, la possibilité de dire l’indicible, pour ce qui est de l’entourage.

Nous verrons dans un prochain article les conséquences du suicide sur le cercle des proches.

 Ô